
Certes, ce n'est certainement pas original, mais l'évolution des choses nous le commande : le système sur 100 points n'est plus satisfaisant. Nous en avons déjà parlé au sein du GJE, cela a mûri et cela se développera encore, n'en doutons pas.
Quel est le problème ?
On sait tous que le coup de génie de Robert Parker a été de noter les vins qu'il déguste sur une base 100, système classique de notation dans l'enseignement américain. C'était à l'époque du papier, déjà dans un temps où la vitesse était impérieuse et où il a compris avant tout le monde que l'amateur lambda n'a pas le temps (ou ne veut pas, ou ne souhaite pas) s'informer plus avant sur un produit. Il se contente qu'on lui dise : "celui-ci est meilleur que celui-là".
Ainsi, quand le GJE a été créé en 1996, et fondamentalement dans le but de comparer les notes du GJE à celles de Parker ou du Wine Spectator, nous avons choisi le système sur 100 points.
Ce ne fut pas simple, car chacun comprend qu'entre un Michel Dovaz ou un Didier Bureau qui n'hésitaient pas à ouvrir leurs notes de 40 à 95 et un trop sage Dr Regamey qui est heureux dans une fourchette 82/92, l'impact de chacun sur la note finale est conséquent. C'est bien évidemment pour contrer cette iniquité dans le poids respectif des dégustateurs qu'on a demandé à Bernard Burtschy, statisticien de métier, de nous composer un outil lissant ces différences de "poids" nocives et injustes.
Au fur et à mesure de l'entrée de l'internet dans notre quotidien (forums style LPV, blogs), on s'est vite rendu compte que ce système était non seulement sujet à bien des équivoques, mais était surtout insuffisant. On avait beau évoquer l'importance des textes (relire ce que dit Parker sur Sociando et les notes "politiquement correctes" qu'il octroie au vin), rien n'y faisait. Un vin ayant plus de 95 points (oui, oui, l'inflation existe aussi en matière de notation des vins) était virtuellement vendu alors qu'un 99 ou un 100 devenait un pur objet de spéculation n'ayant plus rien à voir avec la qualité du contenu. Et pendant ce temps là, des crus à 82/85 points se morfondaient dans des ventes chichiteuses, alors même qu'ils ont des qualités bien réelles.
Voici donc le projet que je compte soumettre aux Membres du GJE, en espérant qu'il lui feront bon accueil :
7 = R Référence Un vin parfait, qui procure une réelle émotion, offre une longueur d’anthologie et dénote un potentiel évident. Ses équilibres sont impeccables.
6 = E Excellent Qualités immédiates, grands équilibres, longueur remarquable, classe naturelle. Au-dessus du lot avec un potentiel sensible et une marque de beau terroir.
5 = TB Très bon Pas de défauts. De belles qualités évidentes. Une longueur. Equilibré. On est sous le charme. Une classe internationale.
4 = B Bon Les qualités restent supérieures aux petits défauts (dans le sens de "petites faiblesses") qui sont cependant nets mais n’altèrent que modérément un réel plaisir à partager ce vin entre amis.
3 = C Convenable Pas de grand enthousiasme pour ce vin, mais il reste clairement dans la catégorie des vins qu’on n’a pas honte de servir à ses amis.
2 = MO Moyen Les défauts sont sensibles, mais ne cachent pas quelques qualités qui auraient pu mieux percer si plus de soins étaient apportés à la vigne et/ou à la vinification.
1 = ME Médiocre Les défauts sont dominants, évidents et dénotent un vin qui n’aurait pas dû être mis en bouteille.
0 = D Défaut Un vin à problème : bouchon, TCA, mauvais goût, oxydation, aigreur, acide. On devrait tester une autre bouteille.
Outre que j'aime ce chiffre de 7 rangs possibles, vous allez me dire : "c'est comme si on mettait 100 points à R, 97/99 à E, etc…".
Non, justement, avec des mots, c'est tout autre chose, car cela va forcer le dégustateur à des choix plus rigoureux et surtout plus homogènes entre eux. En effet, pour certains, 90 était une note quasi suprême, le top du top, alors que pour d'autres, cela correspondait à un bon/très bon vin, mais rien d'exceptionnel ou de référence.
Avec ces définitions, en plus, le lecteur de nos résultats a une image bien plus nette de la valeur d'un vin, car la catégorie où il se trouvera est bien mieux définie.
Il restera toujours la lanscinante question de l'évaluation du potentiel du vin alors même qu'on ne dispose pas de l'étiquette pour lui ajouter les quelques coups de pouce que lui donne généralement sa notoriété, son histoire, sa culture, sa typologie même.
Il faut rester modeste : c'est fondamental.